Bouches de Kotor
Une baie de 28 kilomètres encadrée de versants calcaires qui montent à 1700 mètres, où s'alignent Kotor la vénitienne, Perast et ses douze palais d'armateurs, et deux îlots accessibles en barque.
Les Bouches de Kotor, que nous appelons localement Boka Kotorska, forment un système de quatre baies imbriquées qui pénètrent sur 28 kilomètres à l'intérieur des terres depuis l'Adriatique. La géographie est singulière : les versants calcaires du massif d'Orjen au nord et du Lovćen au sud plongent directement dans la mer, atteignant 1894 mètres au Zubački kabao. Cette configuration, parfois décrite comme le seul fjord du sud de l'Europe, est en réalité un canyon fluvial ennoyé après la dernière glaciation. Le résultat, ce sont des villages côtiers serrés entre la roche et l'eau, sans plaine littorale, et un microclimat humide qui contraste avec le reste de la côte monténégrine.
La culture des Bouches porte la trace de quatre siècles de domination vénitienne, entre 1420 et 1797. Cela se lit dans l'architecture de Kotor, Perast, Prčanj et Dobrota : lions ailés sculptés sur les portails, palais baroques des capitaines marchands, campaniles, citernes à eau de pluie. La marine de Boka, organisée en confrérie depuis le XIIe siècle, fournissait pilotes et capitaines à Venise. À Perast, les douze palais des familles armatrices, dont les Zmajević et les Bujović, alignent leurs façades sur 400 mètres de quai. La région reste catholique en grande partie, alors que l'intérieur du pays est majoritairement orthodoxe : les deux confessions cohabitent ici, parfois dans la même rue.
Kotor concentre la vie urbaine. La vieille ville, intra-muros, se parcourt à pied en une matinée : place de l'Arsenal, cathédrale Saint-Tryphon consacrée en 1166, église orthodoxe Saint-Nicolas, marché aux poissons le long du rempart sud. La montée vers la forteresse San Giovanni emprunte 1350 marches taillées dans le calcaire et grimpe à 280 mètres au-dessus de la baie. Nous conseillons de la faire avant 9 heures en été, quand la roche n'a pas encore emmagasiné la chaleur. À l'extérieur des remparts, le village de Muo et la promenade de Dobrota offrent une lecture plus apaisée de la baie, avec des maisons de pierre converties en petits hôtels familiaux.
Perast, à 12 kilomètres de Kotor, est l'autre point d'ancrage. Le village ne compte qu'une seule rue et environ 270 habitants permanents. Face au quai, deux îlots : Saint-Georges, naturel et planté de cyprès, qui abrite une abbaye bénédictine fermée au public, et Notre-Dame-du-Rocher, artificielle, construite à partir du XVe siècle par les marins de Perast qui y jetaient une pierre à chaque retour de voyage. La traversée en barque depuis Perast prend 5 minutes. L'église conserve une collection de 68 ex-voto en argent et une toile de Tripo Kokolja peinte au XVIIe siècle. Chaque 22 juillet, la fête de la Fašinada voit les habitants jeter des pierres autour de l'îlot pour consolider sa base, tradition ininterrompue depuis 1452.
La gastronomie locale s'organise autour de la pêche en baie et de l'arrière-pays montagneux. Les konobas de Stoliv et Prčanj servent du rižot crni au seppia, des moules de Boka élevées dans les eaux peu profondes près de Risan, et la pršuta de Njeguši, jambon fumé au hêtre dans le village d'altitude du même nom, à 880 mètres, sur la route du Lovćen. Le vin local, principalement du Vranac et du Krstač, vient des coteaux de Crmnica au sud du lac de Skadar. Côté climat, le caractère méditerranéen domine sur les rives, avec 26 à 30 °C en été et une mer à 24 °C en août, mais les Bouches reçoivent aussi près de 4500 mm de pluie par an dans leur partie nord, l'un des cumuls les plus élevés d'Europe, ce qui explique la végétation très dense des versants.
Risan, à l'extrémité nord de la baie intérieure, mérite un arrêt pour ses mosaïques romaines du IIe siècle, dont une représentation rare d'Hypnos. Plus à l'est, la route grimpe vers le col de Vrmac et redescend sur Tivat, dont la marina de Porto Montenegro a transformé l'ancienne base navale yougoslave en port de yachts depuis 2009. C'est aujourd'hui le contraste le plus net des Bouches : Perast et son rythme de village, Tivat et ses superyachts, à 20 minutes de route.
À découvrir
Montée à la forteresse San Giovanni. 1350 marches depuis la vieille ville de Kotor, dénivelé de 280 mètres, vue plongeante sur la baie intérieure. Nous partons avant 9 heures pour éviter la chaleur sur la roche calcaire.
Traversée vers Notre-Dame-du-Rocher. Barque de 5 minutes depuis le quai de Perast vers l'îlot artificiel édifié pierre par pierre depuis 1452, dont l'église conserve 68 ex-voto en argent offerts par les marins de Boka.
Route de Njeguši et col du Lovćen. 25 lacets depuis Kotor jusqu'au village de Njeguši à 880 mètres, où la pršuta sèche dans les fumoirs depuis cinq générations. Continuation possible vers le mausolée de Petar II Petrović-Njegoš.
Mosaïques romaines de Risan. Vestiges d'une villa du IIe siècle à l'extrémité nord de la baie, avec un pavement représentant Hypnos allongé, l'une des rares figurations connues du dieu du sommeil.
Fašinada de Perast le 22 juillet. Procession nocturne de barques chargées de pierres autour de l'îlot Notre-Dame-du-Rocher, chants polyphoniques masculins, tradition ininterrompue depuis le XVe siècle.
Quand y aller
La fenêtre la plus confortable s'étend de mi-mai à mi-juin et de mi-septembre à mi-octobre. Les températures oscillent alors entre 22 et 27 °C, la mer reste baignable jusqu'en octobre autour de 22 °C, et la lumière sur les versants est plus douce qu'en plein été. Juillet et août atteignent 30 à 33 °C en journée, avec une humidité importante du fait du relief fermé, et surtout l'arrivée quotidienne de plusieurs bateaux de croisière à Kotor, jusqu'à 8000 passagers cumulés certains jours. Nous organisons alors les visites de la vieille ville entre 7h et 10h, ou en fin d'après-midi après 17h.
De novembre à mars, les Bouches reçoivent l'essentiel de leurs 4500 mm de précipitations annuelles, avec des épisodes de pluie continue de plusieurs jours et des températures de 8 à 13 °C. La baignade n'est plus envisageable, mais la basse saison reste praticable pour les voyageurs intéressés par le patrimoine, les konobas ouvertes en hiver et la lumière particulière sur les falaises mouillées. Avril offre une situation intermédiaire, avec environ 20 °C, des floraisons sur les versants et une fréquentation encore faible.
Conseils pratiques
Nous recommandons un minimum de 3 jours pleins sur les Bouches : une journée pour Kotor intra-muros et la forteresse, une journée pour Perast et les îlots avec une extension vers Risan, et une troisième consacrée à la route de Njeguši ou à la presqu'île de Luštica. Avec 2 jours seulement, il faut sacrifier soit l'arrière-pays soit la baie extérieure. Le point d'entrée logistique est l'aéroport de Tivat, à 8 kilomètres de Kotor, desservi en saison depuis plusieurs capitales européennes. Podgorica, à 90 kilomètres et 1h30 de route par le tunnel de Sozina, reste une alternative ouverte toute l'année.
Les Bouches se combinent naturellement avec Cetinje et Lovćen, accessible en 1h30 par la route panoramique de Njeguši, et avec la côte de Budva à Ulcinj pour prolonger sur le littoral sud. Une boucle d'une dizaine de jours peut enchaîner Bouches de Kotor, Lovćen, lac de Skadar et descente vers Ulcinj. Pour les voyageurs qui veulent aussi le nord montagnard et le Durmitor, il faut compter 14 jours minimum. Le niveau de confort est élevé, avec des maisons d'hôtes de caractère dans les palais rénovés de Perast et Dobrota et plusieurs hôtels 4 et 5 étoiles autour de Tivat. La région convient aux voyageurs contemplatifs, aux amateurs de patrimoine et d'architecture, et aux familles avec enfants à partir de 7-8 ans pour la montée à San Giovanni. Les randonneurs trouveront leur compte sur les sentiers du massif d'Orjen ou du Vrmac, moins fréquentés que ceux du Durmitor.

