Nord et Biogradska Gora

Le Monténégro de montagne : forêt primaire de Biogradska Gora, katuns de bergers entre 1500 et 1900 mètres, et accès aux Prokletije à la frontière albanaise.

Le nord-est du Monténégro est une autre planète comparée au littoral adriatique. Ici, l'altitude moyenne dépasse les 1000 mètres, les hivers durent cinq mois et la densité de population tombe sous les 15 habitants au km². Notre équipe à Podgorica recommande cette région aux voyageurs qui cherchent la montagne habitée, les forêts anciennes et un Monténégro rural que la côte ne laisse pas soupçonner.

Le coeur de la zone, c'est le parc national de Biogradska Gora, créé en 1952 sur les terres que le roi Nikola avait mises sous protection dès 1878. Sur 5650 hectares, il abrite l'une des trois dernières forêts primaires d'Europe : hêtres, épicéas et érables sycomores, dont certains dépassent 45 mètres de hauteur et 500 ans d'âge. Le lac glaciaire de Biograd, à 1094 mètres, en occupe le centre. Six autres lacs d'altitude se cachent plus haut dans le massif de la Bjelasica, dont le Pešića jezero à 1838 mètres, accessible après trois heures de marche depuis le lac principal.

Kolašin, à 954 mètres d'altitude, sert de base logistique. La ville compte 2700 habitants, une petite station de ski (Kolašin 1450 et 1600) ouverte de décembre à mars, et un centre rénové autour de la place Boris Vukmirović. Depuis Podgorica, la route remonte le canyon de la Morača sur près de 100 kilomètres, passe le monastère de Morača fondé en 1252, célèbre pour ses fresques du XIIIe siècle, puis grimpe jusqu'au plateau. Comptez deux heures et demie en voiture, ou empruntez la ligne de chemin de fer Belgrade-Bar, qui traverse 254 tunnels et 234 ponts, dont le viaduc de Mala Rijeka à 200 mètres de hauteur.

Au-delà de Biogradska Gora, le territoire s'étend jusqu'à la frontière albanaise et kosovare, vers les Prokletije, les "Montagnes maudites". Le sommet du Zla Kolata culmine à 2534 mètres, c'est le point le plus haut du pays. Plav et Gusinje, deux petites villes au pied du massif, gardent une forte identité bochniaque et albanaise musulmane, héritage des migrations ottomanes. On y entend parler albanais dans les cafés, on y mange du cicvara, polenta crémeuse au kajmak, et du jagnjetina ispod sača, agneau cuit sous une cloche de fonte recouverte de braises.

Toute la région vit encore en partie au rythme de la transhumance. De juin à septembre, les familles montent dans les katuns, hameaux d'estive en bois et en pierre disséminés entre 1500 et 1900 mètres. On en compte plusieurs dizaines autour de la Bjelasica et des Prokletije, par exemple à Katun Vranjak ou Eko Katun Štavna. Les bergers y fabriquent le fromage de Kolašin, le kajmak, et un yaourt épais qu'ils vendent aux randonneurs de passage. Plusieurs katuns sont aujourd'hui aménagés pour accueillir une ou deux familles en demi-pension, c'est l'une des formules d'hébergement les plus marquantes que nous proposons dans le pays.

Le climat est continental de montagne : étés courts et doux, hivers longs et neigeux. Les paysages alternent forêts de conifères, alpages, lacs glaciaires et villages aux toits de bardeaux. C'est aussi une région de monastères orthodoxes isolés, de canyons profonds (Mrtvica, Tara dans sa partie amont) et de routes secondaires où l'on croise plus de vaches que de voitures.

À découvrir

Forêt primaire de Biogradska Gora. Tour du lac de Biograd à 1094 mètres sous des hêtres et épicéas de plus de 500 ans, puis montée vers les lacs d'altitude de la Bjelasica entre 1600 et 1838 mètres.

Nuit en katun d'estive. Hébergement chez des bergers entre 1500 et 1900 mètres, de juin à septembre, avec dégustation de kajmak, fromage de Kolašin et cicvara préparés sur place.

Randonnée dans les Prokletije. Trois à cinq jours de marche depuis Plav et Gusinje vers le lac de Hrid, l'Œil de Skakavica ou le Zla Kolata à 2534 mètres, à la frontière albanaise.

Monastère de Morača. Fondé en 1252 au-dessus du canyon, ses fresques du XIIIe siècle représentant le prophète Élie comptent parmi les ensembles médiévaux les mieux conservés des Balkans.

Ligne de train Belgrade-Bar. Tronçon Kolašin-Podgorica de 80 kilomètres à travers tunnels et viaducs, dont celui de Mala Rijeka à 200 mètres au-dessus de la rivière.

Quand y aller

La meilleure fenêtre pour découvrir la région va de mi-juin à fin septembre. Les températures à Kolašin oscillent entre 18 et 25°C en journée l'été, et descendent autour de 10°C la nuit. C'est la seule période où les katuns sont habités, où les sentiers d'altitude des Prokletije sont praticables sans équipement spécifique, et où les routes vers les lacs de la Bjelasica sont dégagées. Juillet et août restent les mois les plus stables, avec des orages d'altitude possibles en fin de journée. Septembre offre des couleurs d'automne précoces sur les hêtraies, et beaucoup moins de monde sur les sentiers.

De novembre à avril, la région bascule sous la neige. Kolašin enregistre couramment 80 à 120 cm de manteau neigeux entre janvier et mars, températures négatives la nuit, ski de piste et de randonnée possibles. Les mois d'avril, mai et octobre sont à éviter pour la haute montagne : neige résiduelle au-dessus de 1500 mètres, katuns fermés, routes secondaires parfois coupées. Mai reste intéressant pour le canyon de la Morača et les monastères, mais pas pour les bivouacs en altitude.

Conseils pratiques

Comptez au minimum trois jours pleins sur place pour justifier la montée depuis la côte ou Podgorica : une journée pour le parc de Biogradska Gora et le monastère de Morača, une nuit en katun avec une journée de marche, et un ou deux jours supplémentaires si vous poussez jusqu'aux Prokletije via Plav et Gusinje, à deux heures de route de Kolašin. Le point d'entrée logique est l'aéroport de Podgorica, suivi de la route E65/E80 ou du train jusqu'à Kolašin. Pour les voyageurs venant de Belgrade, la ligne ferroviaire directe est une alternative que nous organisons volontiers.

La région se combine très bien avec le parc du Durmitor à l'ouest, à deux heures de route via Mojkovac et le canyon de la Tara, pour un circuit montagne complet de six à sept jours. Une autre articulation logique relie le nord au lac de Skadar puis aux Bouches de Kotor, en redescendant progressivement vers la côte. Le confort reste rural : petits hôtels familiaux à Kolašin, chambres d'hôtes à Plav, refuges et katuns en altitude avec sanitaires partagés. C'est une destination pour randonneurs, contemplatifs, amateurs de gastronomie de montagne et voyageurs qui apprécient le contact direct avec les habitants. Les familles avec jeunes enfants y trouveront leur compte autour de Biogradska Gora, mais pas dans les Prokletije, où les dénivelés sont sérieux.

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